Construction de la route de Jérémie: satisfaction et mécontentement
Aller à Jérémie était comme un voyage sur les chemins de l'enfer. Les routes, qui étaient très étroites et en très mauvais état, étaient très dangereuses, avec des falaises les bordant sur tout le parcours. Aujourd'hui, les automobilistes affichent déjà leur satisfaction vis-à -vis des travaux de réhabilitation de cette route qui ouvrira de nouvelles perspectives sur la Grand'Anse. Toutefois, ces réaménagements paralysent la circulation, et certains usagers s'en plaignent.
Haïti: La principale revendication de toute la Grand'Anse commence à prendre forme. Les travaux de construction des 81 kilomètres de la Route nationale # 7 reliant la ville des Cayes à celle de Jérémie qui était depuis des décennies dans un état infernal commencent à avoir de sérieux impacts. Les automobilistes mettent moins de temps sur la route. En effet, les conducteurs et les propriétaires d'autobus qui assurent le transport Jérémie/Port-au-Prince témoignent leur reconnaissance à la réhabilitation de cette longue voie longtemps considérée, avec la route de Port-de-Paix, comme la pire route qui mène à un chef-lieu de département.
« On n'aura pas besoin d'autre chose lorsque cette route sera effective, la ville sera délivrée. Le département pourra offrir toutes ses potentialités au reste du pays », a indiqué Ruben, 54 ans, un citoyen de la cité des poètes. Ruben explique que depuis son plus jeune âge, la réhabilitation de cette route était la principale requête des Jérémiens. « Aujourd'hui, nous commençons à goûter de ses bienfaits, indique-t-il, d'un air satisfait, ajoutant qu'avec l'élargissement de certains tronçons, les automobilistes passent déjà moins de temps sur la route ».
« Dieu qui donne Transports », une compagnie de transport en commun qui assure le trajet Jérémie/Port-au-Prince appartenant à Eddy René qui a participé à la phase finale du concours de Digicel Entrepreneur de l'année 2010, peut en être bien réjouie. Cette compagnie, selon son propriétaire, est détentrice de plus d'une douzaine d'autobus. La réhabilitation de cette route semble déterminante pour la compagnie. « Ce sera une délivrance pour nous. Nous allons sortir de cette misère, car ces réaménagements vont réduire considérablement le temps de parcours entre Port-au-Prince et Jérémie », a déclaré un conducteur d'un autobus de cette compagnie, pourtant bloqué sur la route à cause des travaux.
Bien que conscients que cette route que réalise la firme internationale brésilienne Consrutora OAS Ltd, Cezar Uzeda va mettre en exigence le département de la Grand'Anse en exergue, certains usagers de cette voie se disent mécontents. « Nous n'avons pas de problème quant à la qualité du travail, mais cette compagnie doit respecter les gens qui utilisent encore cette route », a explosé un homme. En effet, au cours de la journée du samedi 8 janvier, dans une zone appelée« Nan sitron », cette compagnie a explosé, à l'aide de dynamites, un morne en vue d'élargir la route. Ce qui a engendré un embouteillage de plus de 5 heures, avant que les tracteurs de l'OAS ne débarrassent la chaussée envahie par la rocaille.
« Si j'avais un malade avec moi, que se passerait-il ? Les responsables des travaux doivent penser à tout cela et faire leur bon travail dans des heures où la route est moins fréquentée. Cela arrangera tout le monde », a-t-il conseillé. Il regrette que les ingénieurs trouvés sur place n'aient pas voulu lui parler. « Le pire dans tout cela est que cette situation se répète souvent. On ne pourra pas vivre ainsi pendant plus de deux ans », dit l'homme, qui fréquente souvent cette voie.
D'un coût total de près de 95 millions de dollars américains, les travaux de construction de la Route nationale # 7 (81 km) ont débuté en juillet dernier et dureront 30 mois. Les fonds pour financer ce projet viennent du Canada (75 millions de dollars canadiens, soit 60 millions de dollars US), de la BID (25 millions de dollars US) et de l'Etat haïtien (10 millions). Les travaux consisteront donc à la préparation, au terrassement, au drainage et assainissement, au revêtement de chaussée en béton bitumeux et à la signalisation.
La construction de la Route nationale # 7 aura, pour plus d'un, des effets positifs sur l'économie haïtienne, car la Grand'Anse est l'un des départements les plus fertiles du pays. C'est le rêve de toute la Grand-Anse qui est en train d'être réalisé. Alors, Port-de-Paix peut encore espérer.
Carlin Michel
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=87823&PubDate=2011-01-18