
Jocelyne Beroard du groupe Kassav
Haïti: Jocelyne Beroard fait le tour d'"Iles en elles"
Jocelyne Beroard, la chanteuse du groupe Kassav, sera en Haïti à l'occasion de la célébration de la Journée internationale de la femme. Le samedi 10 mars 2012, à 7h p.m., à l'hôtel Karibe à Juvenat, elle chantera en compagnie d'Emeline Michel. Chacune présentera tour à tour les répertoires de deux icônes antillaises : Toto Bissainthe et Jenny Alpha. Elles jetteront une passerelle entre Haïti et la Martinique dans "Iles en Elles", un spectacle des productions Cheval de Feu.
Le Nouvelliste : Les productions Cheval de Feu et l'association Tamise présentent le spectacle ''Iles en Elles'' à l'occasion de la célébration de la journée internationale de la femme. ''Iles en elles'', un concept évocateur pour un spectacle. A quoi le public doit-il s'attendre ?
Jocelyne Beroard : Ce sera un échange entre Emeline et moi, en chansons. Nous parlerons de nous, nos joies et nos peines, nos espoirs aussi. Des tableaux de ce que peuvent traverser les femmes de nos îles, un bout de leurs vies. Nous interpréterons nos chansons tantôt en solo tantôt en duo et également des chansons qui ne sont pas de notre répertoire habituel.
L. N. : Ce spectacle musical, qui sera présenté au Karibe convention center, comment est-il est né ?
J. B. : La combinaison nous a été proposée par le Festival Variations Caraïbes à Paris en novembre 2010, de même que l'hommage à Toto Bissainthe et Jenny Alpha. Deux grandes soeurs qui ont chanté sur scène à des époques où il n'était pas évident pour des Antillaises d'exister dans la musique. Donc, Emeline et moi aurons la joie de nous retrouver sur scène. Nous avons une admiration et un respect réciproques l'une pour l'autre et je dois avouer que je suis fan de la star haïtienne. C'est donc avec joie que j'ai accepté de partager la scène avec elle.
Bissainthe et Alpha ont préparé le terrain
L. N. : Emeline Michel et Jocelyne Beroard, deux vedettes pour rendre hommage à deux icônes de la musique antillaise : Toto Bissainthe et Jenny Alpha. Qu'est-ce que ces femmes ont représenté pour vous ?
J.B. : Ce sont des aînées qui ont préparé le terrain. Jenny et Toto n'ont pas eu la vie facile. Les rôles au cinéma n'étaient pas prévus en France pour des femmes qui n'avaient pas la couleur dominante et, côté musique, nos chansons de surcroît en créole avaient du mal à passer sur les ondes. Il faut attendre les années 80 pour que ça change. Elles sont des exemples, des battantes qui ont défriché le terrain. J'admire leur courage et leur talent.
L.N. : Qu'est-ce que vous donnez à voir et à revivre en présentant au public ces deux références culturelles ?
J.B. : Le répertoire sera d'abord composé de nos chansons respectives. Nous rendons hommage à Jenny Alpha et Toto Bissainthe avec quelques-unes de leurs chansons. Il est important qu'on ravive régulièrement la mémoire de ceux et celles qui étaient là avant nous. Je ne peux pas décrire le spectacle, puisque nous le faisons évoluer et que, dans quelques jours, nous serons ensemble pour celui de la Martinique. Pour le moment, nous mettons nos idées en commun et préparons les chansons.
L.N. : Y a-t-il une affinité entre Toto et Jenny ? Si je vous demandais de faire le portrait de ces deux femmes de scène, qu'est-ce que vous retiendrez ? En quoi sont-elles différentes l'une de l'autre?
J.B . : De ce que j'ai perçu, Jenny et Toto n'ont pas le même caractère. Question expression musicale, l'une est toute en tendresse, l'autre toute en douleur. Les deux se complètent et représentent bien la femme antillaise dans sa diversité et dans leurs deux expressions; on perçoit aussi deux histoires totalement différentes. J'ignore si elles se sont rencontrées.
Toutes deux furent des battantes, parce que ce métier n'était pas tendre avec les femmes. Les hommes occupaient le terrain. Chez nous, une femme artiste était souvent perçue comme une femme légère. Il fallait donc avoir du caractère ! De plus, pour vivre de ce métier à Paris, on se heurtait au bon vouloir des gens de ''lotbò'' et les circuits étaient et sont encore de nos jours assez réduits.
Jenny a eu la chance de connaitre l'époque où la biguine était à la mode. Toto est venue avec une musique qu'on ne dansait pas, mais qu'on écoutait. En fait, elles ne sont pas de la même génération. Jenny a été chanteuse jeune, puis comédienne. Toto fut comédienne puis chanteuse.
J'ai connu Jenny assez tard dans sa carrière de comédienne. C'était une femme agréable, souriante, gaie et d'une extrême douceur. Décédée centenaire, elle apprenait encore des textes pour jouer au théâtre du haut de ses 94 ans.
J'ai rencontré Toto très rapidement lors d'un de nos séjours en Haïti dans les années 80, mais j'ai eu la chance de la voir en spectacle à Paris, à la salle de la Mutualité où, vers la fin des années 70, bon nombre d'artistes antillais se produisaient lors de leur passage à Paris (Eugène Mona par exemple). Elles sont donc de deux périodes distinctes, avec deux façons de vivre Paris.

